Extension, surélévation, modification : les règles au Maroc

Ajouter un niveau ou une pièce change la structure et souvent la hauteur du bâtiment : c'est un vrai projet de construction, avec architecte, ingénieur et autorisation.

Mis à jour le 31 octobre 2026

Quelle autorisation pour quels travaux ?

La loi n° 12-90 relative à l'urbanisme, modifiée en 2016 par la loi n° 66-12, soumet à autorisation de construire les modifications d'un bâtiment existant qui touchent à des points réglementés (hauteur, surface, implantation, structure, usage) ainsi que toute modification de façade (article 40). Les autres travaux relèvent d'un permis de réfection. Le règlement général de construction (décret n° 2-18-577) organise trois procédures :

TravauxAutorisationDélai et validité
Menus travaux sans changement d'affectation, sans toucher à la structure porteuse, aux façades, aux parties communes ni à la distribution intérieurePermis de réfection, instruit par le service communal de l'urbanismeDélivrance en 10 jours ouvrables au plus ; valable 6 mois, non renouvelable
Extension ou surélévation d'une habitation qui reste dans 15,50 m et R+3, superstructures comprises (18,50 m et R+4 dans certains lotissements réceptionnés)Autorisation de construire, procédure des petits projets15 jours selon l'arrêté de 2023 ; fondations à lancer dans l'année
Extension qui fait dépasser ces seuils, bâtiment recevant du public, médina, monument classé, régularisation d'une construction non conformeAutorisation de construire, procédure des grands projets30 jours selon l'arrêté de 2023
Démolition totale ou partiellePermis de démolir (article 63-1)Décision du président de la commune dans un délai d'un mois

Ces travaux sont fréquents : sur les 83 338 demandes déposées sur Rokhas entre mai 2021 et mai 2022, 5 603 concernaient une surélévation et 10 730 une modification ou un aménagement, selon les chiffres de la plateforme repris par la presse.

Architecte et ingénieur obligatoires

En zone urbaine, l'article 50 de la loi 12-90 rend obligatoires l'architecte et les ingénieurs spécialisés pour les modifications soumises à autorisation, comme pour une construction neuve. Si la surface cumulée des planchers ne dépasse pas 150 m², la mission obligatoire de l'architecte peut se limiter à la conception (article 54) ; demandez à la commune comment elle compte cette surface pour une extension. Le dossier comprend le contrat d'architecte et des plans où l'existant conservé, les parties neuves et les parties à démolir sont distingués par des couleurs, comme le précise la liste des pièces de l'agence urbaine de Casablanca. Le détail est dans le guide architecte obligatoire.

Structure et séisme : le diagnostic d'abord

Un étage de plus ajoute du poids sur les poteaux, les poutres et les fondations existants. Avant de dessiner, l'architecte fait intervenir un bureau d'études techniques (BET) pour vérifier ce que la structure peut porter : relevé des éléments porteurs, sondages, parfois essais en laboratoire sur le béton et le sol. Le calcul doit respecter le règlement de construction parasismique RPS 2000 (décret n° 2-02-177, modifié en 2013), qui découpe le pays en zones de sismicité et fixe les règles de conception des bâtiments.

Certains règlements d'aménagement l'écrivent noir sur blanc : le modèle de règlement mis en ligne par l'agence urbaine de Skhirate-Témara n'admet la surélévation que si la structure en béton armé ne présente aucune anomalie, constatée par un bureau d'études et un bureau de contrôle agréés. Le même texte refuse toute extension ou surélévation d'une construction non conforme, en dehors des travaux d'amélioration (sécurité, accessibilité, isolation). Si le diagnostic montre que la structure ne suffit pas, il faut la renforcer, ce qui pèse sur le budget, ou réduire le projet.

Hauteur et surfaces : ce que dit le plan d'aménagement

Le nombre d'étages autorisé ne se négocie pas avec la commune : il est fixé, zone par zone, par le plan d'aménagement et son règlement (hauteur maximale en mètres et en niveaux, emprise au sol, reculs, superstructures admises en terrasse, encorbellements). Une même rue peut passer d'une zone villas à une zone d'immeubles. Pour connaître les règles de votre parcelle :

  • Demandez la note de renseignements urbanistiques à l'agence urbaine. À Casablanca, une note indicative est gratuite et la demande en ligne sur e-auc.org est affichée à 450 DH TTC, avec un délai annoncé de 48 heures ; à Tanger, le délai moyen de délivrance de la note électronique était de 36 heures en 2024.
  • Consultez le plan d'aménagement homologué : plusieurs agences urbaines publient les décrets et les plans sur leur site.
  • Comptez les superstructures : les seuils du RGC (15,50 m, R+3) les incluent. Une cage d'escalier ou une buanderie sur le toit peut faire basculer le projet dans la procédure des grands projets.

Immeuble en copropriété ou lotissement

Dans un immeuble soumis à la loi n° 18-00 sur la copropriété, le droit de surélever est un droit accessoire aux parties communes. Le texte publié par l'agence urbaine de Casablanca exige l'accord unanime des copropriétaires pour surélever ou édifier un nouveau bâtiment (articles 22 et 44). Faites vérifier le règlement de copropriété et la version en vigueur de la loi par un notaire avant d'engager des frais. En lotissement, le cahier des charges peut aussi limiter les hauteurs ou les extensions.

Travaux sans autorisation : ce que l'on risque

Modifier un bâtiment existant sans autorisation est puni d'une amende de 10 000 à 100 000 DH (article 71 de la loi 12-90 modifiée). L'ajout non autorisé d'un ou plusieurs niveaux fait partie des cas où la loi prévoit aussi de la prison (1 à 3 mois), et il expose à l'arrêt du chantier et à la démolition aux frais du propriétaire. Une construction irrégulière peut parfois obtenir un permis de régularisation, après accord de l'agence urbaine, mais la démarche suit la procédure longue des grands projets et n'est jamais acquise.

À retenir

Une surélévation ou une extension, c'est une autorisation de construire, avec architecte et BET. Commencez par la note de renseignements, pour connaître la hauteur permise, et par un diagnostic de la structure existante. Tant que la maison reste dans 15,50 m et R+3, superstructures comprises, le dossier suit la procédure rapide des petits projets. Pour un ordre de grandeur des honoraires, voyez le simulateur.

Questions fréquentes

Faut-il une autorisation pour ajouter un étage ?

Oui. Une surélévation change la hauteur et la structure : elle demande une autorisation de construire, un architecte et un ingénieur en zone urbaine, et doit respecter la hauteur fixée par le plan d'aménagement.

Le permis de réfection suffit-il pour fermer une terrasse ?

Non si les travaux créent de la surface, modifient la façade ou touchent la structure : il faut alors une autorisation de construire. La réfection couvre les menus travaux sans effet sur la structure, les façades ni l'affectation.

Combien d'étages puis-je ajouter ?

Tout dépend de la zone du plan d'aménagement où se trouve la parcelle. La note de renseignements urbanistiques de l'agence urbaine donne la hauteur maximale et le nombre de niveaux autorisés.

Ma maison peut-elle porter un étage de plus ?

Seul un diagnostic par un bureau d'études techniques peut le dire, en vérifiant fondations, poteaux et poutres au regard du règlement parasismique RPS 2000.